Un inspecteur de la DDPP débarque dans ton restaurant. Il ne cherche pas à te piéger. Il cherche des preuves que tu maîtrises la chaîne du froid, que tes préparations sont tracées, que ton équipe sait quoi faire et que tu peux le documenter.
La majorité des restaurateurs font bien l'hygiène. Ils ont appris en cuisine, ils ont des réflexes solides. Ce qui leur coûte des points lors d'un contrôle, ce n'est presque jamais une faute grave : c'est l'absence de trace. Un frigo bien tenu sans relevé de température, c'est un frigo mal tenu aux yeux de la DDPP.
Ce dossier, c'est tout ce qui doit exister dans ton établissement : les documents, les relevés, les affichages, les formations, les contrats, les archives. Sans trou.
1. Le PMS : le document central
Le Plan de Maîtrise Sanitaire est obligatoire pour tous les établissements de restauration commerciale depuis le règlement CE 852/2004. Ce n'est pas un formulaire à remplir une fois et oublier : c'est le document qui décrit comment tu maîtrises les risques alimentaires dans ton établissement spécifiquement.
Les 8 parties réglementaires
Un PMS complet couvre 8 parties :
P.1 Présentation de l'établissement
Raison sociale, type d'activité, capacité d'accueil, coordonnées du responsable.
P.2 Bonnes pratiques d'hygiène (BPH)
Hygiène du personnel (tenues, lavage des mains, état de santé), Plan de Nettoyage et Désinfection avec les 5 étapes détaillées et les produits utilisés, gestion des déchets, gestion des nuisibles, maintenance des équipements, eau et qualité du réseau.
P.3 Plan HACCP
Composition de l'équipe HACCP, diagramme de flux, identification des dangers par étape, points critiques de contrôle (CCP), seuils réglementaires. Inclut le suivi des enceintes froides surveillées, la gestion des allergènes, et le plan de nettoyage et désinfection en détail opérationnel (le P.2 en pose le cadre, le P.3 en détaille l'application sur chaque zone et chaque risque).
P.4 Traçabilité
Procédures de réception des marchandises, traçabilité interne des préparations, gestion des plats témoins, liste des fournisseurs référencés.
P.5 Non-conformités
Définition de ce qu'est une non-conformité dans ton établissement, procédure de traitement, registre des fiches NC, désignation du responsable du traitement des NC.
P.6 Formation du personnel
Référent HACCP désigné et formé, organisme de formation utilisé, calendrier de formation interne, procédure d'accueil des nouveaux salariés, liste de l'équipe actuelle avec niveau de formation.
P.7 Vérification et révision
Modalités de vérification interne (audit), liste des vérifications externes et interventions obligatoires avec leurs fréquences, archives mensuelles récentes, date planifiée de révision du PMS.
P.8 Signature et validation
Engagement du responsable, métadonnées du document (version, date), signature du gérant et du référent hygiène.
L'erreur classique
Avoir un PMS téléchargé sur internet, générique, jamais adapté à ton établissement. L'inspecteur le voit immédiatement : le plan des locaux ne correspond pas, les équipements listés ne sont pas les tiens, les fournisseurs référencés sont vides. Un PMS générique est aussi problématique qu'un PMS absent, parce qu'il prouve que tu n'as pas fait le travail d'adaptation.
Ton PMS doit mentionner tes fournisseurs réels, tes équipements réels, tes zones de stockage réelles, tes recettes sensibles.
2. La réception des marchandises : le premier contrôle critique
C'est là que tout commence. Chaque livraison est un point de contrôle. Si tu valides une marchandise non conforme à la réception, tu portes la responsabilité de ce qui arrive après.
Ce que tu dois contrôler à chaque livraison
Avant de signer le bon de livraison :
- Température du véhicule de livraison (mention sur le BL ou relevé demandé au livreur)
- Intégrité des emballages : pas de carton déchiré, pas de barquette gonflée, pas de suremballage suspect
- Date limite de conservation ou DDM : refuser tout produit dont la DLC ne laisse pas de marge opérationnelle suffisante
- Couleur, odeur, texture sur les produits frais non emballés (poissons, viandes)
- Concordance entre la commande, le bon de livraison et ce qui est effectivement livré
Les températures à la réception par famille de produits
| Famille | Température maximale acceptée |
|---|---|
| Viandes fraîches en morceaux (boeuf, veau, agneau, porc) | 4°C |
| Carcasses et pièces de gros | 7°C |
| Abats frais | 3°C |
| Volailles fraîches | 4°C |
| Poissons frais entiers | 2°C (idéalement sous glace à 0°C) |
| Produits de la mer (coquillages, crustacés) | 4°C |
| Charcuterie industrielle non entamée | 4°C |
| Produits laitiers frais, beurre, crème | 4°C |
| Fromages affinés | 8°C selon le type |
| Oeufs | Température ambiante contrôlée, hors zone réfrigérée |
| Fruits et légumes frais (feuilles, herbes) | 8°C |
| Surgelés | -18°C (refus si température supérieure à -15°C) |
La traçabilité à la réception
Conserve tes factures fournisseurs : c'est ton document légal de traçabilité, avec une obligation de conservation de 10 ans au titre du Code de commerce (article L123-22). La facture prouve d'où vient chaque produit, à quelle date, dans quelles conditions.
Les bons de livraison, eux, ne sont pas soumis à une durée de conservation réglementaire spécifique. Si ta réception est tracée dans un système (conditions, températures, écarts constatés) et que ta facture couvre l'identification du fournisseur et des produits, le BL papier est redondant. En cas d'alerte sanitaire ou de TIAC (toxi-infection alimentaire collective), c'est la facture que la DDPP demandera.
Si une marchandise n'est pas conforme : noter l'écart sur le bon de livraison avant signature, refuser ou accepter en consignant la non-conformité dans ton registre NC.
3. La rotation des stocks : le FIFO appliqué
Le principe FIFO
Le principe est simple : ce qui arrive en premier repart généralement en premier. Mais la date la plus proche reste prioritaire : si un lot reçu plus tard expire avant les autres, il doit sortir en premier. C'est le principe FEFO, complémentaire du FIFO.
En pratique : les nouveaux produits se rangent derrière les anciens, sauf si leur date est plus courte. Les produits dont la DLC est la plus proche sont toujours accessibles en premier.
Le FIFO s'applique à tous les stockages : frigo positif, réserve sèche, surgélateur.
Ce que tu dois vérifier quotidiennement dans tes réfrigérateurs
- Lecture des DLC sur chaque produit : tout ce qui dépasse la date du jour sort immédiatement
- Température du frigo : relevé matin et soir (voir section 5)
- Séparation des familles : viandes crues en bas, produits cuits en haut, poissons séparés des viandes, aucun produit cru au-dessus d'un produit cuit
- Conditionnement : pas de produit nu sans emballage, pas de boîte ouverte non couverte
- Propreté : pas de jus d'écoulement, pas de dépôts
Ce qui coûte des points : non pas un frigo mal tenu, mais l'absence de méthode visible. Ta méthode de rotation doit être décrite dans ton PMS.
4. Les DLC internes : tes préparations maison
C'est le point sur lequel le plus grand nombre de restaurants indépendants ont des lacunes. Toute préparation réalisée en cuisine doit être étiquetée.
L'obligation d'étiquetage
Chaque contenant de préparation maison (sauce, fond, marinade, base cuite, farce, terrine, plat élaboré) doit comporter une étiquette indiquant :
- Le nom du produit (pas juste "sauce" : "sauce vin blanc moules", "fond de veau lié")
- La date de fabrication
- La date limite de consommation calculée
- Le nom ou initiales de l'opérateur
Sans étiquette = produit non identifiable = non-conformité systématique.
Comment fixer une DLC interne
Il n'existe pas de barème réglementaire unique par famille pour la restauration commerciale. La durée de vie de tes préparations relève de ta responsabilité et doit être adaptée au produit, au procédé, au conditionnement et aux conditions de conservation. Elle doit être justifiée dans ton PMS, notamment par une étude de durée de vie lorsque c'est nécessaire.
En l'absence d'une durée validée, le repère prudent souvent retenu pour une préparation culinaire élaborée à l'avance est J+3, à 3°C maximum. Ce repère vient des règles de la restauration collective : il ne remplace pas la validation de tes propres procédés en restauration commerciale.
Pour chaque préparation, documente au minimum :
- la température et le mode de conservation
- la date et l'heure de fabrication
- la durée retenue et la méthode utilisée pour la justifier
- le procédé éventuel de refroidissement, sous-vide, congélation ou décongélation
Point d'attention sur le sous-vide maison : une durée longue n'est jamais automatique. Elle doit être validée pour ton produit et ton procédé. Sans justification, applique une durée prudente et demande conseil à ton laboratoire ou à ta DDPP.
L'erreur classique sur les fonds et sauces : un fond brun refait régulièrement, jamais étiqueté parce que « tout le monde sait ce que c'est ». Aux yeux du contrôle, c'est un produit non identifiable. Étiquette-le et applique la durée définie dans ton PMS.
5. Le suivi des températures : relevés et archives
Les équipements concernés
Tous tes équipements de maintien en température sont concernés :
- Réfrigérateurs positifs (cuisine, salle, bar)
- Chambres froides positives
- Surgélateurs et chambres froides négatives
- Bain-marie et équipements de maintien au chaud
- Cellule de refroidissement rapide
Les plages réglementaires
| Type d'équipement | Plage attendue |
|---|---|
| Frigo positif (viandes, produits laitiers, PCEA) | 0°C à 3°C |
| Frigo positif (fruits, légumes, boissons) | 0°C à 8°C |
| Surgélateur / chambre froide négative | -18°C ou moins |
| Maintien au chaud (bain-marie, armoire chauffante) | 63°C ou plus |
Note sur les PCEA (Préparations Culinaires Elaborées à l'Avance) : l'arrêté du 21 décembre 2009 impose une température de conservation de 3°C maximum, plus stricte que les 4°C souvent cités pour les autres réfrigérés.
La fréquence obligatoire
Deux relevés par jour minimum : matin à l'ouverture, soir avant fermeture.
Ce que la DDPP attend : un relevé continu, sans trou. Trois semaines impeccables et une semaine de trous = non-conformité. Un équipement sans relevé depuis 15 jours = équipement dont on ne peut pas prouver le bon fonctionnement.
Archive tes relevés : minimum 12 mois glissants accessibles immédiatement, 3 ans recommandés.
La cellule de refroidissement rapide : règles spécifiques
La cellule répond à une contrainte réglementaire précise : un produit doit passer de sa température de cuisson (quelle qu'elle soit, 63°C pour un plat chaud de service, 82°C pour une crème pâtissière) à 10°C ou moins en moins de 2 heures. Ensuite, si c'est une PCEA, il est stocké à 3°C maximum.
La température de départ ne change pas la règle : c'est toujours "température de sortie du feu vers 10°C en moins de 2 heures". La règle des 63°C est une température minimale de maintien au chaud, pas un plafond de départ pour le refroidissement.
Ce que tu dois tracer pour chaque cycle :
- Heure d'entrée en cellule et température initiale du produit (mesurée à coeur)
- Heure de sortie et température finale
- Nom du produit
- Quantité ou nombre de portions
- Nom de l'opérateur
Si tu n'as pas de sonde dans ta cellule, utilise une sonde à coeur. La durée du cycle seule ne suffit pas : c'est la température atteinte qui prouve la conformité.
6. Le plan de nettoyage et désinfection
Ce qu'il doit couvrir
Le PND fait partie de ton PMS (P.2 pour le cadre, P.3 pour le détail opérationnel). Il doit lister zone par zone :
- La zone concernée : plan de travail, hachoir, trancheur, sol cuisine, enceintes réfrigérées, plonge, vestiaires, sanitaires, poignées de portes, boutons d'équipements
- La fréquence : après chaque service, hebdomadaire, mensuelle
- Le produit utilisé : nom commercial, concentration d'utilisation, temps de contact minimum
- Les 5 étapes du protocole : pré-rinçage, nettoyage, rinçage intermédiaire, désinfection, rinçage final
- Le responsable de la tâche
- La validation : qui contrôle et signe
Nettoyer et désinfecter : ce n'est pas la même chose
C'est l'erreur la plus fréquente. Nettoyer élimine les souillures visibles. Désinfecter détruit les micro-organismes. Les deux étapes sont nécessaires et distinctes. Un produit "nettoyant-désinfectant" ne peut assurer les deux simultanément que si le protocole est respecté à la lettre : concentration exacte, temps de contact respecté, rinçage final complet.
La DDPP peut demander les fiches techniques de tes produits de nettoyage. Garde-les dans ton PMS ou accessibles immédiatement.
Les zones que l'inspecteur regarde systématiquement
- Trancheur : entre les lames, les joints, le plateau, le chariot
- Hachoir et cutter : toutes les pièces démontables
- Bacs gastro et contenants de stockage
- Poignées de frigo, de four, de porte
- Joints de portes réfrigérées
- Dessous et arrière des équipements fixes
- Siphons et grilles d'évacuation
- Pistolet de rinçage et tuyaux flexibles
La validation quotidienne
Chaque tâche doit être cochée et signée. Une grille simple suffit : date, zone nettoyée, produit utilisé, responsable, visa. Sans validation écrite, tu n'as pas de preuve que le nettoyage a eu lieu.
7. Les huiles de friture : le cahier souvent oublié
L'obligation légale
L'utilisation des huiles de friture est notamment encadrée par le décret n° 2008-184 du 26 février 2008, qui modifie le décret du 11 mars 1986 sur les graisses et huiles comestibles. La teneur en composés polaires totaux (CPT) ne doit pas dépasser 25 %. Au-delà, l'huile est impropre à la consommation et doit être changée immédiatement.
Comment mesurer
Deux méthodes acceptées :
- Tests bandelettes (type 3M Fri-Check ou équivalent) : rapides, utilisables sans formation particulière
- Analyseur électronique (type testo 270 ou équivalent) : plus précis, résultat direct en pourcentage CPT
La mesure se réalise avec l'huile à température de service.
Le cahier de suivi
Pour chaque friteuse, tenir un cahier mentionnant :
- Date de la mesure
- Résultat en %CPT (ou mention "OK / hors limite" si bandelettes)
- Décision : huile conservée ou changée
- Signature du responsable
Fréquence recommandée : à chaque service si utilisation intensive, minimum 2 fois par semaine si utilisation modérée.
Le seuil de 25 % de CPT est une obligation légale. Les fréquences de mesure ci-dessus sont des repères d'usage : c'est ton PMS qui fixe celles que tu appliques, et ce sont elles que la DDPP vérifie.
Ce que la DDPP peut faire : prélever un échantillon d'huile en cours d'utilisation et le faire analyser. Une huile hors seuil sans aucun cahier de suivi est une non-conformité majeure.
8. Les allergènes : ce que la réglementation impose vraiment
Les 14 allergènes majeurs à déclarer
Depuis le règlement UE 1169/2011, ces 14 allergènes doivent être signalés sur chaque plat qui en contient :
- Céréales contenant du gluten (blé, seigle, orge, avoine, épeautre, kamut)
- Crustacés
- Oeufs
- Poissons
- Arachides
- Soja
- Lait (y compris lactose)
- Fruits à coque (amandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de pécan, noix du Brésil, pistaches, noix de macadamia)
- Céleri
- Moutarde
- Graines de sésame
- Dioxyde de soufre et sulfites (si concentration supérieure à 10 mg/kg ou 10 mg/L)
- Lupin
- Mollusques
Une information écrite et accessible
La réglementation française impose une information écrite, lisible et visible. Tu peux indiquer les allergènes directement sur la carte ou signaler clairement où consulter un support écrit, par exemple un classeur. Ce support doit être librement accessible : le client ne doit pas avoir à demander l'information au personnel.
Ce que la DDPP vérifie : l'information est-elle écrite, à jour et facilement accessible ? Ton équipe doit aussi savoir orienter le client vers le bon support.
Un tableau allergènes écrit par plat reste la solution la plus solide et la moins exposée au risque d'erreur humaine.
9. La documentation obligatoire à afficher
En salle
- Affichage des prix : carte et tarifs lisibles depuis l'entrée de l'établissement
- Mention allergènes : sur la carte ou affichage indiquant comment obtenir l'information
- Interdiction de fumer : pictogramme obligatoire à l'entrée
- Interdiction de vapoter (si applicable)
- Numéro de licence si vente d'alcool
- Pictogramme "Alcool et grossesse" au point de vente d'alcool
En cuisine et dans les zones de travail
- Plan de nettoyage et désinfection (ou accès immédiat au document)
- Protocole de lavage des mains affiché au-dessus de chaque point de lavage dédié au personnel
- Procédures d'urgence en cas de coupure de chaîne du froid
- Coordonnées de la DDPP locale
- Liste des produits allergènes présents dans l'établissement
- Fiches de données de sécurité (FDS) des produits chimiques utilisés (accessibles, pas nécessairement affichées)
10. Les formations et référents obligatoires
La formation hygiène alimentaire
Depuis l'arrêté du 5 octobre 2011, au moins 1 personne de l'établissement doit avoir suivi une formation spécifique en hygiène alimentaire d'une durée minimale de 14 heures, dispensée par un organisme déclaré auprès de la DRAAF.
Points à vérifier :
- La formation est adaptée à la restauration commerciale
- Elle a été dispensée par un organisme reconnu (liste disponible sur le site de la DRAAF de ta région)
- L'attestation est conservée et présentable à tout contrôle
La formation n'a pas de date d'expiration légale, mais une actualisation tous les 3 à 5 ans est fortement recommandée.
Le référent HACCP
Ton PMS doit désigner un référent HACCP nominativement (partie P.6). C'est la personne responsable de la mise en oeuvre et du suivi du plan de maîtrise sanitaire. Dans un restaurant indépendant, c'est souvent le chef-patron : mais ce doit être écrit, avec son nom, son niveau de formation, et la date de sa dernière formation.
Ce que tu dois archiver
- Attestations de formation de tout le personnel formé
- Justificatifs des visites médicales (médecine du travail)
- Registre des formations internes (formation réception des extras, protocole étiquetage, etc.)
11. Les interventions réglementaires à planifier
Ces prestataires doivent intervenir régulièrement. Leurs rapports d'intervention doivent être conservés et présentables lors d'un contrôle.
Les fréquences du tableau sont des repères d'usage couramment appliqués en restauration commerciale. Certaines s'appuient sur un texte (contrôles ERP, équipements sous pression), d'autres relèvent de l'usage, de ton contrat ou de ton PMS. C'est la fréquence inscrite dans ton contrat ou dans ton PMS qui fait référence le jour du contrôle.
| Intervention | Fréquence minimale | Document à conserver |
|---|---|---|
| Entretien et nettoyage de la hotte | 1 fois par an (plus selon usage) | Bon d'intervention + certificat de nettoyage |
| Dératisation / désinsectisation (3D) | 2 à 4 fois par an selon zone | Contrat + rapports + plans d'appâtage |
| Vérification extincteurs | 1 fois par an | Fiche de vérification + vignette sur l'extincteur |
| Maintenance gaz (chaudière, brûleurs) | 1 fois par an | Rapport de contrôle |
| Vérification installations électriques | Tous les 5 ans (ERP) | Rapport du bureau de contrôle agréé |
| Vérification alarme incendie / SSI | 1 fois par an | Rapport de vérification |
| Entretien VMC / extraction (hors hotte) | 1 fois par an | Bon d'intervention |
| Vidange et nettoyage bacs à graisse | 2 à 4 fois par an selon usage | Bordereau de suivi des déchets + bon d'intervention |
| Vérification équipements sous pression (machines espresso pro, fours vapeur) | Selon classe et pression (de 1 à 5 ans) | Rapport de l'organisme habilité |
| Analyses bactériologiques surfaces et aliments | 1 à 2 fois par an recommandé | Bulletins d'analyse du laboratoire agréé |
| Formation hygiène du personnel | A l'embauche, actualisation tous les 3 à 5 ans | Attestations de formation |
| Calibrage des sondes de température | 1 fois par an recommandé | Certificat de calibrage |
12. Le registre des non-conformités
Pourquoi c'est un atout, pas un aveu
Le registre NC est souvent perçu comme une liste d'aveux. C'est l'inverse. Un registre bien tenu prouve que tu maîtrises ton process : tu identifies les écarts, tu les corriges, tu en traces la correction. Un restaurateur dont le registre trace 15 NC avec à chaque fois une action corrective documentée est beaucoup plus crédible qu'un restaurateur qui n'a jamais constaté la moindre anomalie en 3 ans.
Format minimal d'une fiche NC
- Date et heure du constat
- Nature de la non-conformité (produit périmé, température hors plage, rupture d'étiquetage, écart à la réception...)
- Constaté par (nom ou initiales)
- Zones ou produits concernés
- Action immédiate prise (retrait du produit, ajustement de température, nouvelle livraison...)
- Action corrective mise en place (révision procédure, formation, maintenance...)
- Signature du responsable
13. Les sanctions : ce qu'un contrôle raté peut vraiment coûter
Un contrôle se traduit par une note publiée sur Alim'confiance, le site public du ministère de l'Agriculture. Quatre niveaux : Très satisfaisant, Satisfaisant, A améliorer, A corriger de manière urgente. Cette note est visible par n'importe quel consommateur qui cherche ton établissement.
Ce n'est pas qu'une question d'image.
La gradation des sanctions
Avertissement et mise en demeure
L'inspecteur constate des écarts non critiques et te donne un délai de mise en conformité (généralement 30 jours). A l'issue, un second contrôle vérifie la correction. Si les écarts persistent, la procédure passe au niveau supérieur.
Procès-verbal et amendes
Les infractions à la réglementation sanitaire constituent des contraventions de 5ème classe : jusqu'à 1 500 euros par infraction constatée. Si plusieurs infractions sont relevées lors d'un même contrôle, les amendes se cumulent.
Fermeture administrative provisoire
En cas de danger immédiat avéré pour la santé publique (aliment impropre à la consommation, conditions de conservation défaillantes, absence totale de maîtrise de la chaîne du froid), la DDPP peut ordonner une fermeture administrative immédiate, sans délai. La réouverture est conditionnée à un second contrôle favorable.
Sanctions pénales
En cas de TIAC (toxi-infection alimentaire collective) avec des victimes identifiées, les poursuites pénales sont possibles sur plusieurs bases :
- Mise en danger de la vie d'autrui (article 223-1 du Code pénal) : jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende
- Tromperie sur la nature ou la qualité de denrées alimentaires (article L213-1 du Code de la consommation) : jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende
- En cas de blessures ou de décès : poursuites pour blessures ou homicide involontaire par manquement à une obligation de sécurité
L'impact financier concret
Voici ce qu'une fermeture de 3 jours représente dans un restaurant moyen :
- CA journalier moyen (restauration indépendante) : 800 à 1 200 euros
- 3 jours de fermeture forcée : 2 400 à 3 600 euros de recettes perdues
- Charges fixes qui continuent (loyer, abonnements, personnel fixe)
- Coût de la mise en conformité imposée (remplacement d'équipement, prestataires urgents)
- Perte de clientèle liée à la note Alim'confiance dégradée
Une amende pour 5 infractions constatées (chiffre courant lors d'un premier contrôle non préparé) : 7 500 euros.
La documentation coûte du temps. La non-documentation peut coûter l'établissement.
Ce que la DDPP regarde en premier : les 5 points critiques
Ces 5 points sont les plus fréquemment sanctionnés lors des contrôles en restauration commerciale :
1. Les relevés de température incomplets ou absents
Trous dans les relevés, équipements sans cahier, sonde non calibrée. C'est la non-conformité la plus fréquente et la plus facile à corriger.
2. Les DLC internes absentes ou illisibles
Préparations en frigo sans étiquette, étiquettes effacées, dates trop vagues. L'inspecteur ne peut pas identifier le produit ni vérifier sa conformité.
3. Le PMS générique ou non à jour
PMS qui ne correspond pas à l'établissement, plan de locaux inexact, équipements listés qui n'existent plus ou qui n'ont pas encore été ajoutés.
4. L'absence de registre NC
Un établissement sans aucune non-conformité tracée n'est pas exemplaire : c'est un établissement qui ne trace rien.
5. Les justificatifs de prestataires introuvables
Hotte nettoyée mais pas de certificat. Extincteurs vérifiés mais vignette dépassée. Dératisation assurée mais rapport de la dernière visite non retrouvable.
Ce que tout ça représente au quotidien
Mis bout à bout, voici ce qu'un restaurant doit produire et archiver en continu :
- Des relevés de température à la fréquence prévue dans ton PMS, adaptés à ton activité et à tes équipements
- 1 traçabilité de réception à chaque livraison
- 1 étiquette DLC par préparation réalisée
- 1 validation de nettoyage par zone à chaque fréquence prévue
- 1 suivi d'huile par service si friteuse
- 1 registre NC mis à jour dès qu'un écart est constaté
- Des archives mensuelles verrouillées
- Des contrats et rapports prestataires à jour et accessibles
C'est beaucoup. Pas parce que la réglementation veut te noyer : parce que c'est ce qui permet de prouver que tu travailles bien. La cuisine, tu la maîtrises. C'est la documentation qui fait la différence entre un contrôle qui se passe bien et un contrôle qui laisse des traces.
Pour être prêt le jour du contrôle, rassemble tes procédures, tes relevés et tes justificatifs dans un système simple, tenu à jour et accessible à l'équipe. Quand l'inspecteur arrive, tu dois pouvoir retrouver rapidement la preuve correspondant à chaque pratique.
Dossier rédigé par l'équipe POC Chef. Informations basées sur le règlement CE 852/2004, l'arrêté du 21 décembre 2009, l'arrêté du 5 octobre 2011 et le décret n° 2008-184 du 26 février 2008 relatifs aux règles sanitaires applicables à la restauration commerciale. Pour toute question spécifique à votre établissement, consultez votre DDPP locale.